
Alors que la Banque Centrale du Congo (BCC) a publié un taux indicatif de 1 USD = 2 396 CDF le 8 octobre 2025, la situation sur le terrain à Bukavu raconte une tout autre réalité.
Dans les rues et sur les marchés, le taux appliqué par les cambistes — ces changeurs informels qui régulent la monnaie au quotidien — oscille entre 2 400 et 2 500 CDF, voire 2 700 CDF dans les rares cas de pénurie de billets.
Un écart persistant entre le taux officiel et le marché réel
Il y a encore quelques jours, le dollar s’échangeait entre 2 900 et/ou 3 000 CDF.
Si la baisse du taux officiel semble indiquer un renforcement du franc congolais, aucun effet concret n’est observé sur les prix :
- Le litre de carburant reste à 3 700 CDF,
- Les denrées alimentaires conservent leurs prix élevés,
- Le transport urbain demeure inchangé.
« On nous dit que le dollar a baissé, mais quand on va acheter, tout coûte toujours pareil »
se plaint une vendeuse au marché de Nyawera.
Les cambistes, véritable baromètre de l’économie locale
À Bukavu, le taux de change dépend principalement des cambistes, qui opèrent dans les zones de Nyawera, feu rouge, Beach Muhanzi, Essence et Place de l’Indépendance.
En l’absence d’un système bancaire pleinement opérationnel, ce sont eux qui déterminent la valeur quotidienne du dollar en fonction de l’offre et de la demande locales:
« Ici, c’est le cambiste qui fait le taux. Il regarde combien de gens veulent acheter ou vendre des dollars. S’il y a beaucoup de demande, le dollar monte » explique un commerçant au marché de Kadutu.
Une économie sous tension
Depuis plusieurs mois, la partie de Bukavu sous contrôle du mouvement révolutionnaire connaît une désorganisation du circuit financier.
Les banques commerciales et les IMF restent fermer et le mobile money est devenu le principal moyen d’échange.
Ce contexte alimente une économie parallèle difficile à stabiliser:
« Le franc congolais peut s’apprécier sur le papier, mais ici à Bukavu, les réalités économiques restent les mêmes » commente un enseignant en comptabilité à l’ISP Bukavu sous anonymat
Données clés
- Taux officiel BCC (8 oct. 2025) : 1 USD = 2 396 CDF
- Taux pratiqué à Bukavu (cambistes) : entre 2 400 et 2 600 CDF (parfois 2 700 CDF)
- Prix du carburant : 3 700 CDF / litre
- Transport urbain : inchangé depuis juillet 2025
Analyse économique : pourquoi la baisse du dollar officiel ne fait pas baisser les prix à Bukavu
Selon plusieurs économistes, la disparité entre le taux officiel et le taux du marché parallèle s’explique par trois facteurs majeurs :
- *Absence de contrôle monétaire local
Les institutions financières officielles, commerciales et les IMF ne fonctionnent pas, ce qui laisse le champ libre aux cambistes pour fixer les taux selon la demande.
- Coûts d’approvisionnement élevés
Les transporteurs et commerçants subissent des coûts logistiques importants à cause du prix du carburant.
- Psychologie de marché
Les vendeurs maintiennent leurs prix élevés par prudence, craignant de nouvelles fluctuations du dollar ou une rupture d’approvisionnement.
Ainsi, la baisse annoncée par la Banque Centrale n’a qu’un effet symbolique à Bukavu, où l’économie informelle reste dominante.
Pistes de solutions proposées
Face à cette situation, plusieurs acteurs économiques et observateurs locaux avancent des pistes pour stabiliser le marché et protéger le pouvoir d’achat :
- Rétablir partiellement les activités bancaires et de change réglementé
Cela permettrait de réduire la dépendance aux marchés informels et de renforcer la traçabilité des transactions.
- Créer des cadres de concertation entre autorités locales et cambistes
L’objectif serait d’harmoniser les taux et d’éviter les fluctuations abusives.
- Faciliter l’approvisionnement en carburant et produits de base
Le soutien logistique aux importateurs contribueraient à stabiliser les prix.
- Renforcer la communication économique locale
Informer la population sur les mécanismes de fixation des prix et du taux de change peut limiter les spéculations et restaurer la confiance. Responsabilité de AREFA.
- Encourager la reprise des IMF
Les systèmes d’épargne et de microcrédit peuvent offrir des alternatives plus stables aux échanges en cash.
Rédaction des informations
CT Bienvenue Gilbert YUMBI







